200 000 euros. C’est l’écart qui sépare, en France, l’épargne réelle des moins de 40 ans et le seuil jugé suffisant pour une retraite confortable. L’OCDE l’affirme, les travailleurs nés après 1980 devront puiser dans leurs propres ressources pour espérer maintenir leur niveau de vie une fois l’heure venue de tourner la page professionnelle.
En moyenne, l’épargne individuelle démarre à 32 ans, loin des préconisations des spécialistes qui invitent à s’y mettre dès la vingtaine. Les mouvements comme FIRE chamboulent encore les repères, accélérant la remise en question des vieux schémas.
Pourquoi la question de la retraite se pose différemment pour les millennials
Impossible de comparer la retraite des millennials à celle de leurs aînés. Les natifs de 1980 à 1996 avancent dans un contexte en perpétuelle mutation. Dès l’arrivée sur le marché du travail, le ton est donné :
- Un chômage qui atteint 12 %.
- Pour les hommes, le chiffre grimpe à 15 % selon Statistique Canada.
Côté progression salariale, la marche est haute :
- 60 % d’augmentation sur dix ans,
- alors que la génération X connaissait 71 % sur la même période.
Gestion du patrimoine, rapport à la sécurité financière, tout vacille. Le système par répartition, si solide pour les baby-boomers, se fissure sous le poids du vieillissement. Moins de cotisants, plus de retraités, confiance en berne. Le Baromètre Ipsos 2025 enfonce le clou :
- 77 % des Français expriment leur inquiétude pour l’avenir du dispositif.
Face à cette incertitude, les millennials n’ont d’autre choix que d’anticiper. Le transfert de patrimoine, qui s’élèvera à près de 4 billions de dollars américains, ne bénéficiera pas à tous. Il accentue les disparités entre ceux qui recevront et ceux qui devront se débrouiller seuls.
Leur rapport au travail n’a plus rien de linéaire. Entrepreneuriat, appétence pour le digital, diversification des revenus : ils réinventent l’idée même de retraite, partagés entre le désir d’indépendance et la crainte de voir le système s’effondrer. Les références des baby-boomers paraissent obsolètes, aux millennials d’inventer leur trajectoire. La gestion du patrimoine s’impose, entre doutes persistants et volonté d’ancrer une sécurité financière sur le long terme.
De combien aura-t-on vraiment besoin pour vivre sereinement à la retraite ?
Impossible de réduire le besoin financier à un chiffre unique. Les données sont sans appel : avec une pension moyenne nette de 1 541 € par mois pour les retraités français (2023) et un niveau de vie médian de 2 030 € mensuels, l’écart est tangible. Et près de 70 % des Français ignorent le montant de leur future pension, selon le Baromètre IFOP 2025.
Le taux de remplacement, c’est-à-dire la part du dernier salaire transformée en pension, reste l’indicateur central. Pour une carrière complète, il atteint 75 %, mais dans le privé, il chute à 58,8 %. Chez les femmes, le chiffre descend à 46,2 %, et pour les cadres ou professions libérales, il plafonne autour de 55 %. Pour conserver son niveau de vie, la cible se situe entre 70 et 80 % du dernier salaire net.
Quelques repères concrets pour situer la réalité :
- Âge moyen de départ : 62 ans et 9 mois
- Âge légal pour les personnes nées après 1968 : 64 ans
- Seuil de pauvreté des retraités : 1 360 € par mois
L’épargne doit s’installer dans la durée. À 40 ans, il faudrait déjà avoir de côté trois années de salaire brut. À 60 ans, viser huit années. L’OCDE préconise de réserver 10 % de ses revenus à l’épargne durant toute sa carrière. Pour beaucoup, c’est là que le bât blesse : les millennials sous-évaluent souvent le coût réel de la retraite, comptent sur des pensions publiques qui ne suivront pas. Les marges de manœuvre rétrécissent, la préparation individuelle devient incontournable.
FIRE, épargne automatique, placements responsables : quelles stratégies pour préparer l’avenir ?
Parmi les options, la stratégie FIRE (Financial Independence, Retire Early) fait des adeptes. L’idée ? Atteindre un capital suffisant pour couvrir ses besoins grâce aux revenus générés par ses placements, en respectant la fameuse règle des 4 % héritée de l’étude Trinity. Pour y parvenir, la méthode impose :
- une épargne forte et régulière,
- la recherche de rendements stables,
- une discipline de fer sur les dépenses durant la phase d’accumulation.
Le parcours reste exigeant, mais l’objectif d’indépendance motive ceux qui s’y engagent.
Pour celles et ceux qui ne visent pas un arrêt anticipé, l’épargne automatique s’impose comme réflexe clé. Programmer chaque mois un virement sur un Plan d’Épargne Retraite (PER), une assurance-vie ou des ETF, permet de se constituer un matelas financier, tout en profitant de la puissance des intérêts composés. La diversification s’impose comme rempart contre les aléas :
- les fonds euros pour sécuriser une partie du capital,
- les unités de compte pour dynamiser la performance,
- l’immobilier locatif pour générer un revenu complémentaire.
Un point de vigilance : les frais de gestion. Sur 25 ans, une différence de 1 % peut amputer la performance finale de 20 à 30 %. Certains contrats, comme le PER Goodvest, affichent des frais annuels limités à 1,5-1,7 %, bien en dessous des 2 à 3 % pratiqués ailleurs.
La génération millénaire se distingue aussi par sa sensibilité à l’impact. Les placements responsables, labellisés ou orientés ESG, traduisent le désir de conjuguer rendement et utilité sociale ou environnementale. Les portefeuilles pilotés sur critères durables, les fonds propres aux valeurs éthiques, ces choix s’installent dans les habitudes d’épargne d’une génération qui refuse de choisir entre performance personnelle et intérêt collectif.
Réfléchir à sa propre stratégie : par où commencer quand on est millennial ?
Avant toute chose, il s’agit d’établir un diagnostic précis de sa situation. Le relevé de carrière, qui regroupe les droits accumulés auprès de la CNAV, du MSA, de l’AGIRC-ARRCO et autres caisses, doit être passé au peigne fin. D’après QualiRetraite, 84 % de ces relevés comportent au moins une erreur. Vérifier chaque période, chaque trimestre validé, n’est pas un luxe : une omission aujourd’hui peut coûter cher demain.
Une fois ce point fait, il convient de fixer ses priorités. À 30 ans, la méthode Greene recommande d’avoir mis de côté l’équivalent d’un an de salaire brut. À 40 ans, trois années. Ces étapes aident à se projeter et à ajuster l’effort d’épargne pour sécuriser sa trajectoire retraite. Les simulateurs disponibles gratuitement, qu’ils soient publics ou bancaires, offrent des projections fiables. Quant à la méthode 50/30/20, 50 % pour les charges fixes, 30 % pour les envies, 20 % pour l’épargne, elle fournit un cadre budgétaire adaptable, quelle que soit l’évolution des revenus.
La régularité paie. Même modeste, un versement automatique permet de bâtir un capital sur la durée. Diversifier les supports, PER, assurance-vie, PEA, immobilier locatif, réduit les risques. Il est judicieux d’analyser les frais, de comparer les performances nettes, et de se méfier des solutions trop complexes ou opaques. Enfin, la question du transfert de patrimoine des baby-boomers doit être abordée sans illusions : elle peut représenter un atout, mais ne doit jamais être considérée comme acquise. Mieux vaut s’appuyer sur le concret. La gestion de patrimoine s’apparente à une course de fond, où la lucidité et l’endurance font la différence.
L’avenir ne se dessine pas avec des certitudes, mais avec des choix posés, ajustés, remis sur le métier. Pour les millennials, la retraite n’est plus un horizon lointain : c’est un chantier à construire, pièce par pièce, dès aujourd’hui.


