Reconnaître les signes de l’hyperphagie sans se tromper

Tomber dans l’excès, ça arrive à tout le monde. Que ce soit un marathon de séries ou l’enchaînement d’épisodes de podcast, on franchit parfois la limite sans y penser. Manger plus que de raison n’est pas rare non plus. Pourtant, il existe une frontière nette entre le simple abus de nourriture et ce qui relève d’un véritable trouble du comportement alimentaire, autrement plus lourd à porter.

La frénésie alimentaire, un trouble qui frappe fort au Canada

Le constat est implacable : parmi tous les troubles du comportement alimentaire au Canada, la frénésie alimentaire s’impose comme la plus répandue. Elle dépasse, à elle seule, l’anorexie et la boulimie additionnées. Les données ne laissent guère de place au doute : sur plus de 10 000 adultes interrogés à travers le pays, 1,54 % ont présenté des signes en accord avec l’hyperphagie alimentaire. Contrairement à ce que laissent croire certains clichés, ce phénomène touche aussi bien les hommes que les femmes, davantage que les autres troubles similaires. Il ne se limite pas à la question du poids : on le retrouve chez des personnes de toutes corpulences, y compris celles ayant un indice de masse corporelle jugé « normal ».

Ce que recouvre vraiment la frénésie alimentaire

Manger très vite, continuer alors même que la faim n’est plus là, parfois jusqu’au malaise. Il arrive aussi que la nourriture se cache, consommée à l’abri des regards. Sous ces comportements, on retrouve souvent une impression de perdre complètement la maîtrise. Le sentiment de culpabilité ne tarde pas à s’installer, parfois greffé à de la honte ou à un véritable rejet de soi. Selon le nombre d’épisodes par semaine, le trouble peut aller de « léger » à « extrêmement sévère », soit de un à trois épisodes hebdomadaires jusqu’à quatorze ou plus. Oubliez l’idée fausse d’un simple manque de détermination : il s’agit d’une maladie. Dans beaucoup de cas, elle avance main dans la main avec l’anxiété, des difficultés de l’humeur ou des périodes de dépression. Pourtant, beaucoup mettent des années avant de poser des mots sur ce qu’ils traversent. La gêne freine les prises de parole, et l’information ne circule qu’à demi-mots. Il faut dire aussi que la reconnaissance officielle du trouble est récente. L’hyperphagie n’est entrée dans les classifications médicales qu’il y a peu, reconnue par l’American Psychiatric Association.

Briser le silence : premiers pas et ressources

Voir ces comportements chez soi peut dérouter, voire inquiéter. Pourtant, si la consommation compulsive de nourriture se répète chaque semaine depuis au moins trois mois, il devient urgent de ne pas rester seul. Voici à qui s’adresser ou quelles démarches entreprendre pour ne plus rester dans l’isolement :

  • Consulter son médecin de famille, premier repère pour parler et envisager des solutions
  • Se tourner vers des associations d’écoute et des centres spécialisés, qui proposent un accompagnement sans jugement
  • Participer à des groupes de soutien, en ligne ou en personne

Lever le secret, même avec beaucoup de gêne, permet d’amorcer le chemin. Différentes approches thérapeutiques sont possibles : thérapie cognitivo-comportementale, travail avec un nutritionniste ou, parfois, recours à certains traitements médicamenteux. Avancer ne commence pas forcément par un grand bouleversement : ce premier mot échangé, aussi petit soit-il, pèse déjà lourd dans la balance.

Apaiser la relation à la nourriture n’a rien d’une promesse magique. Mais demander de l’aide, c’est déjà faire chanceler la forteresse du silence. Et parfois, cette fissure suffit à changer la trajectoire entière d’une histoire longtemps tue.