Les chiffres ne mentent pas : jamais le stress n’a autant marqué les corps et les esprits. Les derniers mois ont laissé des traces visibles, et en tant que chiropraticien, ce sont des épaules contractées, des mâchoires qui grincent et des colonnes vertébrales tendues qui parlent en silence. La tension s’installe, du haut du cou jusqu’aux lombaires, et elle ne s’arrête pas là. L’anxiété et la dépression, elles aussi, s’invitent chez des personnes qui ne les avaient jamais croisées. Ce constat ne laisse aucune place au doute : le stress bouleverse profondément notre santé et notre équilibre. Et, disons-le franchement, s’en débarrasser n’a rien d’évident par les temps qui courent.
Alors, comment reprogrammer notre réponse au stress pour retrouver un peu de sérénité ? La solution existe, à la fois accessible et efficace : reprendre la main sur notre système nerveux.
Suis-je amical ou parasympathique ?
Notre système nerveux, c’est l’axe central de toutes nos fonctions vitales. Il pilote, orchestre, ajuste, sans relâche. Plusieurs branches s’y croisent, comme en témoigne un schéma bien connu des spécialistes. Mais lorsqu’il est question de stress, c’est la partie autonome de ce système qui prend la main. Cette branche gère toutes les fonctions sans que nous ayons à y penser : notre respiration, les battements du cœur, la digestion, la température corporelle…
Le système nerveux autonome (SNA) se divise en deux pôles : le système sympathique (SNS) et le système parasympathique (SNP). Deux forces opposées, mais complémentaires, qui ne se partagent jamais la scène. Quand l’un s’active, l’autre s’efface.
Le système nerveux parasympathique (SNP)
Le SNP représente le mode de repos du système nerveux autonome. C’est lui qui s’exprime quand nous nous sentons en confiance, loin de la moindre menace. Il prend en charge toutes les fonctions qui assurent notre survie à long terme : digérer, dormir, réparer les tissus, se reproduire. Le sang afflue vers les organes, les cellules se régénèrent, les muscles se reconstruisent, les hormones circulent et laissent la place à la détente. En résumé, plus nous laissons le SNP guider nos journées, plus notre santé s’en trouve renforcée.
Le système nerveux sympathique (SNS)
Le SNS, quant à lui, intervient en cas d’alerte. Il suffit que nous ressentions un danger, réel ou simplement anticipé, pour qu’il s’active. Cette nuance a son importance, car notre SNS ne fait pas la distinction entre un péril immédiat et une inquiétude qui n’existe que dans notre esprit.
Le SNS prépare le corps à réagir : fuir ou combattre. Il déclenche la libération d’adrénaline et de cortisol, dilate les pupilles, accélère le rythme cardiaque et dirige le sang vers les groupes musculaires prêts à bondir. Ce mécanisme, hérité de l’évolution, a permis à l’être humain de survivre face aux prédateurs.
Mais aujourd’hui, notre environnement pousse notre SNS à tourner en surrégime, bien au-delà des situations d’urgence réelles.
La pandémie de Covid-19 a exacerbé ce phénomène, creusant le lit d’un stress généralisé et continu.
Cette sollicitation excessive du SNS finit par nous épuiser. Le corps, privé de ses phases de récupération, accumule les symptômes : fatigue persistante, anxiété, troubles digestifs, douleurs chroniques, humeur instable…
Il devient alors urgent de réduire l’exposition aux sources de stress et surtout, de reprendre le contrôle sur nos réactions. Parmi les premières étapes, s’éloigner des discours anxiogènes relayés sans filtre par les médias, pour garder la main sur ce qui alimente nos pensées et nos émotions. Ensuite, il s’agit d’agir en conscience pour remettre le SNP aux commandes.
Comment reprendre la main sur son système nerveux
Pour ajuster notre façon de réagir au stress, il est tout à fait possible de stimuler activement notre SNP. Dès que ce système s’active, le SNS se met en veille. En somme, nous pouvons choisir quel mode pilote dirige notre organisme : le stress ou le calme.
12 pistes pour activer le parasympathique
Voici une série de pratiques à explorer pour remettre le SNP au centre de la scène et retrouver un apaisement naturel.
- Respiration profonde et cohérence cardiaque. La respiration est la seule fonction autonome que nous pouvons moduler à volonté. Prendre 6 respirations profondes par minute pendant 3 minutes réinitialise le système nerveux et synchronise les grandes fonctions du corps. L’idéal : inspirer pendant 5 secondes en gonflant le ventre (respiration abdominale), puis expirer sur 5 secondes, par le nez ou la bouche. Après 18 cycles, le bénéfice se fait sentir.
- Se ressourcer dans la nature. Marcher en forêt, s’attarder au bord d’un lac ou simplement s’asseoir sous un arbre calme l’esprit et le corps. L’air pur, la lumière, le sentiment d’appartenance à un ensemble plus vaste : tout cela contribue à apaiser le système nerveux. Une pratique à renouveler aussi souvent que possible.
- L’EFT (technique de libération émotionnelle). Facile d’accès, de plus en plus utilisée pour réguler les émotions et retrouver l’apaisement. Il suffit de tapoter des points précis du corps en répétant une phrase (mantra ou affirmation), par exemple : « Je me sens submergé, mais je m’accepte comme je suis. » Cette méthode peut se combiner avec l’aromathérapie : quelques gouttes de lavande, de bergamote ou de vétiver renforcent l’effet apaisant.
- Soin chiropratique. Un ajustement, tout comme la respiration profonde, agit comme un reset sur le système nerveux. Même si la recherche avance lentement sur le lien direct avec le parasympathique, il est reconnu que l’ajustement chiropratique améliore la variabilité cardiaque, un indicateur de l’activité du nerf vague. Le cadre global des soins, entre écoute, encouragement et conseils pour un mode de vie plus sain, contribue à réduire le sentiment d’impuissance face à la douleur et au stress.
- Méditation, pleine conscience et prière. Les bienfaits de ces pratiques ne cessent d’être confirmés par des études. Pour débuter, les séances guidées ou en petit groupe facilitent la prise en main.
- Activité physique. Bouger, c’est l’un des moyens les plus puissants pour stimuler le SNP. Après une séance de course, de natation ou de vélo, le relâchement est palpable, porté par la diffusion naturelle d’hormones du bien-être.
- Yoga, Qi Gong et Tai Chi. Ces disciplines allient mouvement et concentration. Un entraînement à la fois physique et mental, idéal pour renforcer le corps et apaiser l’esprit.
- Chanter, parler, rire, fredonner. Stimuler les cordes vocales, c’est aussi activer le nerf vague, axe principal du SNP. L’effet se ressent très vite : mieux-être, relâchement, légèreté. Un bon prétexte pour pousser la chansonnette ou partager une conversation animée.
- Massage. Un massage, c’est un sas de décompression immédiat. Il détend les tissus, relâche les tensions et favorise la production d’hormones apaisantes.
- Exposition au froid. Les recherches ont montré que le contact avec le froid, une douche fraîche, un jet d’eau froide sur le visage, stimule la tonicité du système nerveux et améliore la variabilité cardiaque.
- Relations sociales. Nous avons tous ressenti le manque de lien social lors des confinements, et ce n’est pas un hasard si le stress a explosé. L’humain a besoin des autres pour se rassurer et retrouver un sentiment de sécurité.
Dès que cela est possible, renouer avec les proches, tout en respectant les règles en vigueur, aide à restaurer l’équilibre émotionnel.
- Prendre soin de son microbiote. La diversité et la qualité des bonnes bactéries intestinales agissent sur l’équilibre du système nerveux autonome. Un microbiote robuste, nourri par des aliments fermentés comme le yaourt, le kéfir, le kimchi, la choucroute ou le kombucha, favorise une meilleure régulation du SNP. Les probiotiques peuvent aussi compléter l’alimentation, sur une dizaine de jours par mois.
Adopter un mode de vie équilibré, alimentation végétale variée, exercice régulier, sommeil réparateur, réduction des polluants, relations apaisées et accompagnement chiropratique, permet de soutenir le SNP et d’affronter le stress avec plus de ressources. Il est aussi judicieux de limiter tout ce qui tend à réveiller le SNS : stimulants comme le café, le chocolat ou le sucre, usage excessif des écrans, surcharge professionnelle ou tensions relationnelles.
En reprenant les rênes de notre système nerveux, nous nous donnons une chance réelle de traverser les tempêtes sans sombrer. Chacun de ces gestes trace le chemin vers un équilibre retrouvé, et si demain, le calme intérieur redevenait la norme ?


Dès que cela est possible, renouer avec les proches, tout en respectant les règles en vigueur, aide à restaurer l’équilibre émotionnel.